Abraham – Ibrâhîm

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Abraham – Ibrâhîm s’inscrit dans la lignée des Prophètes depuis Adam jusqu’à Muhammad. Les Prophètes constituent « une communauté religieuse indivisible sous l’égide du Seigneur ».¹

Sourate Les Prophètes [21 :92] : « Certes, cette communauté qui est la vôtre est une communauté unique et Je suis votre Seigneur. Adorez-Moi donc ».

Le terme « communauté » fait référence à l’humanité toute entière. Le Coran parle ici des Messagers qui ont précédé Muhammad. Et puisque tous les Prophètes ont prêché l’adoration d’un Dieu unique et ont enseigné à ne pas Lui associer d’autres divinités, toute l’humanité devrait former une seule et même communauté.

Sourate Les Croyants [23 : 52] : « Cette communauté, la vôtre, est une seule communauté, tandis que Je suis votre Seigneur. Craignez-Moi donc »

Par conséquence, l’Islam n’est pas en concurrence avec le judaïsme et le christianisme. « Etre musulman, c’est appartenir en même temps à Moïse, à Jésus et à tous les messagers divins depuis la création du genre humain, en les confondant tous dans le même respect et en ajoutant foi à tous leurs enseignements, sans aucune distinction entre eux. Ou plutôt c’est appartenir à Dieu suivre sa volonté qui s’est manifestée successivement par leur bouche ».²

Abraham – Ibrâhîm dans la lignée des Prophètes tient une place centrale. Il est un Prophète et un hanîf, fondateur du monothéisme. Son histoire est relatée dans la Bible (Livre de la Genèse) et dans le Coran (évoquée dans vingt-cinq sourates).

Par ailleurs, le texte coranique souligne qu’Abraham-Ibrâhîm « représente un état de religion antérieur à la Loi de Moïse et à la venue de Jésus, il ne peut en ce sens être revendiqué par aucune des deux confessions »³, le verset de la sourate La Famille d’Imran [3 :65-67] disant « Ô gens des Ecritures ! Pourquoi discutez-vous au sujet d’Abraham, alors que la Thora et l’Evangile n’ont été révélés qu’après lui ? Etes-vous donc déraisonnables à ce point ? Certes, vous pourrez discuter de choses que vous connaissez. Mais pourquoi disputez-vous de celles dont vous n’avez aucune connaissance ? Dieu sait ; mais vous, vous ne savez pas. Abraham n’était ni juif, ni chrétien ; mais il était un monothéiste convaincu et entièrement soumis à Dieu. Il n’a donc jamais appartenu au clan des païens »

Trois termes importants associés à la figure d’Abraham – Ibrâhîm 

Hanîf : « substantif qui désigne dans le Coran « le monothéisme par excellence ». Cité douze fois, dont huit en relation avec Abraham, il représente l’attitude de ce prophète qui a refusé d’adorer les idoles dans un premier temps et s’est détourné ensuite du culte des astres. »4

Sourate Les Bestiaux [6 :74-79] : « Rappelle-leur le moment où Abraham dit à son père ‘Âzar : « Pourquoi prends-tu des idoles pour divinités ? A mon avis, vous êtes tous, toi et ton peuple, dans un égarement manifeste ! » Et pour raffermir Abraham dans sa croyance, Nous entendîmes devant lui le Royaume des Cieux et de la Terre. C’est ainsi que, voyant briller un astre à la tombée de la nuit, il s’empressa de dire : « C’est là mon Seigneur ! Mais lorsque l’astre eut disparu, il déclara : « Je n’aime pas ceux qui disparaissent. » Puis, voyant poindre la Lune, il s’écria : « C’est cela mon Dieu ! » Mais quand la Lune disparut à son tour, il déclara : « Si mon Seigneur ne m’indique pas la voie à suivre, je serai du nombre des égarés » Puis vint à se lever le Soleil, alors Abraham s’exclama : « Voilà mon Dieu ! Voilà le plus grand ! » Mais lorsque le Soleil eut disparu [à son tour], Abraham s’écria : « Ô mon peuple ! Je désavoue tout ce que vous associez à Dieu. En monothéiste sincère, je tourne ma face vers Celui qui a créé les Cieux et la Terre, et je ne suis point du nombre des associateurs. »

Le terme Hanîf s’applique également au Prophète Muhammad dans la Sourate de Jonas [10-105] : « Et le Seigneur m’a dit : « Tourne-toi vers la vraie religion en pur monothéiste et éloigne-toi des associateurs ! » et dans la Sourate Les Byzantins [30 :30] « Consacre-toi à la religion, en monothéiste sincère ! (…)»

Enfin le terme Hanîf au pluriel Hunafâ’ désigne les musulmans en référence au verset coranique de la sourate Le Pèlerinage [22 :31] : « Soyez des monothéistes sincères (…) ».

Ce qui est important à retenir dans ce terme c’est que l’Homme, de par sa nature, est un être d’oubli et de négligence et que Dieu à travers les messagers et les prophètes restaure l’unicité divine.

Muslim : ce terme fait référence au verset coranique vu plus haut : « Abraham n’était ni juif, ni chrétien ; mais il était un monothéiste convaincu et entièrement soumis à Dieu.»5 . La présence dans ce verset des deux termes Hanîf et Muslim relève deux enseignements :

  • Hanîf : dans le Coran, il s’agit d’un monothéisme indépendant qui n’appartient à aucun groupe confessionnel préexistant.
  • Muslim signifie se soumettre à Dieu et renvoie à ce monothéisme exigeant introduit par Abraham qui s’est ensuite transmis jusqu’au dernier des prophètes Muhammad.

Khalîl Allâh signifie « l’ami de Dieu » et que l’on retrouve dans la sourate Les Femmes [4 :125] : « Qui donc professe une meilleure religion que celui qui se soumet à Dieu, tout en faisant le bien et en suivant le culte d’Abraham, ce monothéiste exemplaire dont Dieu a agréé l’amitié ? »

Ce terme d’ami de Dieu se retrouve également dans le texte biblique « N’est-ce pas toi, notre Dieu, qui as dépossédé les habitants de ce pays devant ton peuple d’Israël et qui l’as donné pour toujours à la descendance d’Abraham, ton ami ? »6 et « et que s’est réalisé le texte qui dit : Abraham eut foi en Dieu et cela lui fut compté comme justice été il reçut le nom d’ami de Dieu »7

La foi atteint l’excellence lorsque l’on sait qu’au plus profond de soi que l’Ami est présent, que la Miséricorde de Dieu est présente. Cela rappelle le hadith du Prophète : « C’est que tu adores Dieu comme si tu Le voyais. Car si toi tu ne le vois pas, Lui te voit »8

Le récit d’Abraham-Ibrâhîm dans le texte biblique et le texte coranique 

Texte biblique – Genèse 20, 1-12 :

« Or, après ces événements, Dieu mit Abraham à l’épreuve et lui dit : « Abraham » ; il répondit : « Me voici ». Il reprit : « Prends ton fils, ton unique, Isaac, que tu aimes. Pars pour le pays de Moriyya et là, tu l’offriras en holocauste sur celle des montagnes que je t’indiquerai ». Abraham se leva de bon matin, sangla son âne, prit avec lui deux de ses jeunes gens et son fils Isaac. Il fendit les bûches pour l’holocauste. Il partit pour le lieu que Dieu lui avait indiqué. Le troisième jour, il leva les yeux et vit de loin ce lieu. Abraham dit aux jeunes gens : « Demeurez ici, vous, avec l’âne ; moi et le jeune homme, nous irons là-bas pour nous prosterner ; puis nous reviendrons vers nous ».

Abraham prit les bûches pour l’holocauste et en chargea son fils Isaac ; il prit en main la pierre à feu et le couteau, et tous deux s’en allèrent ensemble. Isaac parla à son père Abraham : « Mon père », dit-il et Abraham répondit : « Me voici, mon fils. » Il reprit : « Voici le feu et les bûches ; où est l’agneau pour l’holocauste ? » Abraham répondit : « Dieu saura voir l’agneau pour l’holocauste, mon fils. Tous deux continuèrent à aller ensemble.

Lorsqu’ils furent arrivés au lieu que Dieu lui avait indiqué, Abraham y éleva un autel et disposa les bûches. Il lia son fils Isaac et le mit sur l’autel au-dessus des bûches. Abraham tendit la main pour prendre le couteau et immoler son fils. Alors l’ange du Seigneur l’appela du ciel et cria : « Abraham ! Abraham ! » Il répondit : « Me voici ». Il reprit : « N’étends pas la main sur le jeune homme. Ne lui fais rien, car maintenant je sais que tu crains Dieu, toi qui n’as pas épargné ton fils unique pour moi ».

Texte coranique – Sourate Les Rangs [37 :101-109]

« Nous lui annonçâmes alors que son foyer serait égayé par la naissance d’un garçon plein de sagesse. Et lorsque l’enfant fut en âge d’accompagner son père, celui-ci lui dit : « Mon cher fils ! J’ai vu en songe que je t’immolais. Vois ce qu’il y a lieu de faire ! » – « Père, dit l’enfant, fais ce qui t’est ordonné. Tu verras, s’il plaît à Dieu, que je suis de ceux qui savent s’armer de patience dans l’épreuve ». Tous les deux s’étaient résignés à la Volonté divine. Et déjà le père avait couché le font de son fils contre terre, lorsque Nous l’appelâmes : Ô Abraham ! Tu as ajouté foi à ta vision ! C’est ainsi que Nous récompensons ceux qui font le bien. » En vérité, ce fut là une bien rude épreuve. Nous rachetâmes l’enfant par une offrande de grande valeur. Et Nous perpétuâmes son renom dans les générations ultérieures. Paix sur Abraham ! »

Que nous enseignent ces deux textes ?

Dans le récit biblique, Abraham est seul. A la question de son fils : « où est l’agneau pour l’holocauste ? » Abraham répondit : « Dieu saura voir l’agneau pour l’holocauste, mon fils. Tous deux continuèrent à aller ensemble. ». Cette solitude tragique est un thème récurrent dans la théologie et la philosophie occidentales. Elle renvoie aux questions de doute, de culpabilité, de faute, de pardon.

  • Dans le récit coranique, face à l’épreuve, c’est dans l’Autre (son fils lui dit : « Tu verras, s’il plaît à Dieu, que je suis de ceux qui savent s’armer de patience dans l’épreuve ») qu’Abraham-Ibrâhîm trouve la force de faire face. Dieu éduque le cœur de l’Homme, il lui apprend l’humilité, la patience ; il prend conscience qu’au plus profond de soi l’Ami est présent. Il est conforté dans la Miséricorde divine et éloigne le doute de son âme, de son cœur. Dieu demande à l’Homme d’être attentifs aux signes qu’Il lui envoie.
  • Cette épreuve d’Abraham nous renvoie à Muhammad. Lorsque l’ange Gabriel lui apparut en lui disant : « Lis »9 Le Messager de Dieu dit : « Je lui répondis : je ne lis guère. Alors il me saisit et me serra fort au point de m’épuiser puis me relâcha et dit : Lis. Alors je dis : je ne lis guère. Alors il me serra une troisième fois au point de m’épuiser puis me relâcha et dit : « Lis au nom de ton Seigneur qui a créé » jusqu’à « ce qu’il ignore. »10 Muhammad retourna chez lui et dit à Khadîjah, son épouse: « Enveloppez-moi ! Enveloppez-moi ! » On s’empressa de le tenir enveloppé jusqu’au moment où son effroi fut dissipé. Puis il dit à Khadîjah : « je craignais pour moi-même ». Khadîjah de lui dire : « A Dieu ne plaise, Dieu ne te voudrait aucun mal. Par Dieu, tu entretiens tes liens de parenté, tu soutiens les faibles, tu donnes aux pauvres, tu accueilles généreusement les hôtes, et tu viens en aide aux victimes des vraies crises ».

Face au doute, à la peur, la présence de l’Autre (ici Khadîjah) va le conforter dans sa foi naissante. L’intervention de son cousin Waraqh Ibn Nawfal11 va également dans ce sens. Il dit à Muhammad : « Cet Ange, c’est le Confident qu’Allah a envoyé autrefois à Moïse. »12

Conclusion :

A travers Abraham, il apparaît important pour le croyant d’étudier la vie des Prophètes. La vie des Prophètes doit aider le croyant dans son cheminement spirituel en appliquant les principes suivants : « questionner avec son esprit, comprendre avec son intelligence et se soumettre avec son cœur ».13

Sur le même thème : le sacrifice abrahamique selon le Coran, Eric Geoffroy – Les Cahiers de l’Islam, http://www.lescahiersdelislam.fr/Le-sacrifice-abrahamique-selon-le-Coran_a1563.html


¹Initiation au Coran – Mohammad Abdallah Draz – Editions Beauchesne Religions 2005 – p 90

²Ibid

³Dictionnaire du Coran sous la direction de Mohammad Ali Amir-Moezzi – Editions Robert Laffont – 2007 – p 11

4Dictionnaire du Coran sous la direction de Mohammad Ali Amir-Moezzi – Editions Robert Laffont – 2007 – p 381

5Sourate la Famille d’Imrân [3 :67]

6La Bible – Traduction œcuménique – Editions Alliance biblique universelle – Le Cerf -1992. 2 Chroniques 20,7

7Ibid Jacques 2, 23

8 Rapporté par al-Bukhârî et Muslim

9Hadîth rapporté par Al-Bukhârî et Muslim

10Sourate L’Adhérence [96 :1-5]

11Waraqah Ibn Nawfal était le cousin paternel de Khadîjah.

12Introduction aux sciences du Coran – Sheikh Dr. ‘Abd Allâh Shehâtah, professeur de législation islamique, Faculté de Dâr Al-‘Ulûm, Université du Caire

13Muhammad, Vie du Prophète – Les enseignements spirituels et contemporain – Tariq Ramadan -Editions L’Archipel 2006