Arabe et Humanisme dans la France des derniers Valois par Josée Balagna Coustou

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I – Les caractéristiques de l’ouvrage :

Titre : Arabe et Humanisme dans la France des derniers Valois

Auteur : Josée Balagna Coustou : responsable du département arabe à la Bibliothèque Nationale jusqu’en 1988 et directeur de la bibliothèque de l’IMA

Edition : Maisonneuve & Larose (Paris 5ème)

Date de parution : 1989

Caractéristiques : ouvrage de 122 pages complété de trois annexes, d’un index des noms de personnes et d’une bibliographie.

L’ouvrage se divise en 5 chapitres.

II – Analyse globale :

Genre : Historique et linguistique

Thème central :

  • Les liens ancestraux entre la France et le Proche-Orient depuis Charlemagne.
  • L’intérêt de la France pour l’apprentissage de la langue arabe et son développement au sein du monde universitaire par l’intermédiaire d’un roi, François Ier et d’un homme, lecteur royal pour les mathématiques et les langues étrangères, Guillaume Postel.
III – Idées principales :

En introduction, l’auteur fait un rappel de la situation de la langue arabe dans le Royaume de France. Une brève chronologie est établie à partir des premières relations entre Charlemagne et le calife Abbasside Hârûn ar-Rachîd – هارون الرشيد – ce dernier entamant un vaste mouvement de traduction, notamment des textes grecs en langue arabe.

Par ailleurs, il souligne au début de l’introduction cette idée importante : « Pour étudier une langue et organiser son enseignement, faut-il encore qu’elle suscite un intérêt quelconque : commercial, politique, intellectuel, faut-il encore pouvoir former des professeurs. »

Par cette phrase, il montre toute la difficulté à la mise en place d’un enseignement constant des langues orientales en France.

C’est par le biais de l’Empire ottoman (puis la Turquie), avec lequel nous avons l’une des plus longues relations diplomatiques de notre histoire, dans un contexte historique tendu au sein du Royaume de France, et grâce à l’action du roi François Ier que va s’imposer le besoin d’un enseignement en langue arabe.

En 1530, François Ier crée le Collège de France au sein duquel fut nommé les premiers Lecteurs royaux. Leur fonction était d’enseigner des disciplines qui n’étaient pas encore admises à l’Université.

Et comme le disait Maurice Merleau-Ponty : « Ce que le Collège de France, depuis sa fondation, est chargé de donner à ses auditeurs, ce ne sont pas des vérités acquises, c’est l’idée d’une recherche libre… »

Ainsi, on y enseigne le grec, le latin, l’hébreu, les mathématiques et l’arabe…

Mais avant arrêtons-nous sur un homme… Guillaume Postel

IV – Guillaume Postel :

Né en mars 1510 dans un pays village de Barenton, issue d’une famille pauvre, Guillaume Postel est un enfant surdoué curieux des savoirs. Il quitte la Normandie à l’âge de treize ans et malgré de nombreuses mésaventures, arrive à s’inscrire au Collège Sainte-Barbe dans lequel il sera au service du Professeur Jean Gelida. Il y apprend le latin, le grec, l’espagnol, le portugais et l’hébreu.

En 1530, alors qu’il accède au titre de « Maître es arts », il entreprend l’étude de l’arabe en commençant par composer un alphabet arabe, un vocabulaire des mots arabes et la grammaire arabe.

En 1535, distingué notamment par Marguerite de Navarre, Guillaume Postel est choisi pour accompagner Jean de la Forest, ambassadeur du roi François Ier à Constantinople. Ce premier voyage va faire partie d’une longue liste de voyages en Orient pour Guillaume Postel. « Pendant deux longues années, de Tunis à Constantinople, Guillaume Postel est tous yeux, toutes oreilles. Il étudie l’arabe avec un musulman qui professe une grande dévotion pour Jésus. Dans un monde où se croisent, s’entrecroisent des myriades d’interprétation du Judaïsme, du Christianisme, et de l’Islam, Guillaume Postel laisse courir son intelligence avide, curieuse, imaginative. Son esprit n’est jamais en repos, inlassablement il tente de reconstituer le puzzle d’une réalité mythique qu’il croit éclatée et dont l’Orient dissimulerait la clé. »¹

« En 1536, François Ier signa le traité des Capitulations avec Soliman le Magnifique et s’imposa le besoin d’un enseignement en langue arabe. Et c’est à ce brillant philologue qu’il confia en 1538 dans le cadre du Collège des lecteurs royaux, ancêtre du Collège de France, une chaire de grec et de « langues pérégrines » qui comptait l’arabe à côté de l’hébreu et du chaldéen, c’est-à-dire l’araméen ».²

Ainsi s’installa en France l’apprentissage de la langue arabe.

Guillaume Postel va par ailleurs publié de nombreux livres et/ou feuillets dont nous n’avons pas la liste exhaustive. Il acquiert également des livres de médecine, de mathématique, de philosophie venant d’Orient. « en 1544, François Ier réorganise sa Bibliothèque de Blois. Il l’installe au château de Fontainebleau. Sur les quatre nouveaux manuscrits arabes que conserve le roi de France, trois sont des Corans, le quatrième est un ouvrage de droit qui est entré au Cabinet des livres du roi en 1538. Il ne faut pas manquer d’ajouter à ces manuscrits un nouvel imprimé, le Linguarum duodecin characteribus… de Guillaume Postel aux armes fleurdelisées de François Ier ».³ Il est à noter également que Catherine de Médicis s’intéresse également à la science arabe.

Guillaume Postel étudie la possibilité d’entente entre les trois religions monothéistes en étudiant leurs points communs mais également les points litigieux.

Il ne sera pas le seul à étudier la langue arabe d’autres suivront ses pas comme Louis Duret, médecin, capable de lire les textes d’Avicenne, ou en encore Joseph-Juste Scaliger, fils de Jules César Scaliger, médecin et philologue italien émigré en France.

Il effectuera un dernier voyage hors de France avant d’être assigné à résidence à Paris le 19 janvier 1563 sur ordre du roi. Durant cette période et jusqu’à sa mort en 1581, il publie de nombreux ouvrages.

Comme l’indique l’auteur, « le cheminement de la pensée de Postel est difficile à suivre. Sans doute la terre ottomane, l’Asie mineure, l’Afrique méditerranéenne, charment-elles, séduisent-elles Guillaume Postel. Ce monde de l’Orient, où l’Islam joue un rôle capital, ébranle la personnalité de cette humaniste catholique français, héritier du Quattrocento. Son intelligence aiguë cherche à concilier ses amours inconciliables ». Dans ces quelques lignes tout est dit, Postel humaniste, rêveur, utopiste, peut-être tout à la fois.

Et retenons ces dernières lignes de Guillaume Postel :

« Certes Dieu est Dieu, il n’y a pas d’autre Dieu que Lui, il est le connaissant, le connu, la connaissance. Il est le créateur, l’architecte, le maître d’œuvres. Il a pouvoir sur toutes choses. Il a créé le monde d’ici-bas, les cieux, ce qui est sur la terre. Il est en nous et nous en lui. Il est l’Un en lui-même et trois en son essence et substance ».4

V – Conclusion :

A travers l’étude de cette œuvre, il apparaît aux yeux du lecteur l’importance des échanges entre les civilisations au-delà des conflits et tensions. Les civilisations ne s’entrechoquent pas, elles se parlent, elles échangent, elles s’apportent mutuellement. Si l’une disparaît, une autre voit le jour pour continuer le travail commencé. Telle fut la destinée d’hommes comme Guillaume Postel. Leurs rencontres, leurs voyages, leurs savoirss leurs permirent de voir le monde sous un autre angle.  

Il y a beaucoup à apprendre de ces hommes trop peu connus. Il est important de se plonger dans ce passé et de reprendre ici cette phrase de Winston Churchill : « Plus vous saurez regarder loin dans le passé, plus vous verrez loin dans le futur ».

Références : 

1 – Arabe et humanisme dans la France des derniers Valois – Josée Balagna Coustou – page 61 – Editions Maisonneuve & Larose

2 – La langue arabe en France de Guillaume Postel à aujourd’hui – Extrait du discours introductif à la Journée d’étude organisée sur le thème Enseignement, Langue et Culture arabes en France : réalités et perspectives, le 3 avril 2010, au Palais du Luxembourg, Paris – Roland Laffitte, secrétaire de SELEFA (Sociétés d’Etudes Lexicographiques et Etymologiques Françaises & Arabes).

3 –  Arabe et humanisme dans la France des derniers Valois – Josée Balagna Coustou – page 79 – Editions Maisonneuve & Larose

4 – Publication en 1571 par Guillaume Postel d’un livre intitulé « De belli Turcici eventu divinatio » – extrait d’un texte en caractères arabes.

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