Les quatre sources du droit musulman : la Sunna (2/4)

Publié le Publié dans Glossaire

Par Abdelghani Benali,
Professeur à l’université de La Sorbonne, Maître de conférences Science-Po Paris, Professeur de sciences islamiques à l’IESH, Membre du conseil Théologique Musulman de France

Selon la terminologie religieuse, le terme sunna désigne toutes les paroles que le Prophète a dites, tous les actes qu’il a accomplis, ainsi que tous les actes et dires d’autrui qu’il a acceptés ou approuvés. Les paroles du Prophète, ou sounna qawliya, portent le nom de hadîth. En effet, à maintes reprises, le Prophète a prononcé des paroles ou un discours, à propos d’un événement ou à l’occasion d’une cérémonie, par exemple.

Les faits et gestes du Prophète, ou sounna fi’liyya, comprennent, entre autres, la manière dont il accomplissait les rites cultuels tels que les prières obligatoires et le pèlerinage ; et la manière dont il rendait les jugements comme se satisfaire d’un seul témoin ou déférer le serment au plaignant.

Quant aux actes et dires d’autrui agréés par le Prophète, ou sounna taqrîriyya, ils consistent en tout ce qui a été dit ou fait par des Compagnons, du vivant du Prophète, en sa présence et qu’il a approuvé. Son approbation se manifestait de plusieurs manières : soit il gardait le silence et n’exprimait pas de désaccord avec ce qui avait été dit ou fait ; soit il l’acceptait en montrant sa satisfaction. Dans les deux cas, on considère l’acte ou la parole du Compagnon comme agréé par le Prophète.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Autorité juridique et force probante

Les Musulmans reconnaissent, à l’unanimité, que les dires et actes du Prophète ou ceux approuvés par lui, dont l’objectif est d’instaurer une loi ou de donner l’exemple et dont la transmission est sûre ou fiable, ont force de loi. Leur ensemble représente également une source du Droit musulman. Les moujtahid s’y réfèrent pour déduire des prescriptions divines al-ahkâm ach-char’îyya s’appliquant aux faits et dires des Musulmans majeurs et responsables. Cela veut dire que les prescriptions dégagées de la sunna ont force de loi comme celles mentionnées dans le Coran.

Les preuves établissant l’autorité juridique de la sunna sont nombreuses.

Tout d’abord, il y a celles qui proviennent du Coran. Dieu, le Sublime, ordonne aux Musulmans, dans plusieurs versets, d’obéir à Son Prophète. Il met cette obéissance sur le même plan que celle due envers Lui. Il enjoint aux Musulmans, en cas de désaccord entre eux, de se référer à Lui puis à Son Prophète. Il interdit aux croyants de se détourner de ce que Dieu et Son Prophète ont choisi pour eux. Enfin, Il rejette la foi de ceux qui ne sont pas satisfaits par un jugement rendu par le Prophète. Ainsi, Dieu nous confirme que les jugements et les avis juridiques du Prophète résultent d’une inspiration divine. Par conséquent, les Musulmans doivent s’y soumettre.

Références coraniques

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

En second lieu, il y a les preuves qui proviennent du consensus des Compagnons du vivant du Prophète et après sa mort. Du vivant du Prophète, ses Compagnons se conformaient à ses jugements et obéissaient à ses injonctions — respectaient ses interdictions, s’abstenaient de faire ce qu’il jugeait illicite et pratiquaient ce qu’il déclarait licite. Ils se soumettaient de la même manière aux prescriptions divines énoncées dans le Coran et à celles émises par le Prophète lui-même.

Leur attitude est illustrée par la réponse de Mou’âdh : « Si je ne trouve pas de solution dans le Livre de Dieu, je la chercherai dans la sunna de Son Prophète ».

Conclusion :

 Après la mort du Prophète, les Compagnons se tournaient vers la sunna pour chercher la solution à un événement ou une situation sur lesquels Coran ne s’était pas prononcé. Quand Aboû Bakr se trouvait face à un cas au sujet duquel il ignorait l’avis du Prophète, il demandait s’il y avait parmi les Musulmans quelqu’un qui le connaissait en disant : « Y a-t-il parmi vous quelqu’un qui sait comment notre Prophète traitait un tel cas ? » ‘Omar faisait de même ainsi que tous ceux qui, parmi les Compagnons, ont assumé les charges de mufti ou de juge. Les Musulmans de la seconde génération (tâbi’oûn) n’agissaient pas autrement.

Aucune personnalité musulmane connue ne nia jamais l’obligation de se soumettre à la sunna authentifiée.

©Les fondements du droit musulman – Abdelghani Benali

 

 

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