Les quatre sources du droit musulman : le Coran (1/4)

Publié le Publié dans Glossaire

par Abdelghani Benali,
Professeur à l’université de La Sorbonne, Maître de conférences Science-Po Paris, Professeur de sciences islamiques à l’IESH, Membre du conseil Théologique Musulman de France

Le Coran est la Parole divine transmise par l’archange Gabriel (Jibrîl) au Messager de Dieu Muhammad ibn Abdallah, exprimée en langue arabe et contenant la Vérité. Il est à la fois une preuve de la prophétie de Muhammad, une table de lois destinée à guider les hommes et une prière dont la récitation est un acte d’adoration de Dieu. Son texte écrit, le moushaf commence par la sourate al-Fâtiha et se finit par la sourate an-Nâs. Il nous a été transmis de génération en génération sans interruption, par écrit et oralement. Dieu le préserve de toute altération ou modification comme l’affirment de nombreux versets du Coran.

L’une des caractéristiques du Coran est que ses termes, ainsi que leurs significations, sont l’œuvre de Dieu. Son expression arabe est celle-là même révélée au Prophète. Ce dernier n’avait qu’à le réciter et le transmettre aux fidèles.

Par conséquent :

  1. Tout ce que Dieu inspira au Prophète et que ce dernier formula par ses propres mots ne peut être considéré comme faisant partie du Coran. De tels dires n’ont pas, non plus, la même légitimité que le Coran. Cela ne représente que les hadîth du Prophète. Il en est de même des ahâdîth al-qoudousiya, qui sont les paroles rapportées de Dieu par le Prophète et formulées par ce dernier. Ils ne font pas partie du Coran, ne possèdent pas sa légitimité, ne sont pas récités lors des prières prescrites, et leur récitation n’est pas considérée comme un acte pieux.
  2. Le texte de l’exégèse du Coran, écrit en arabe et paraphrasant celui du Coran, si précis et fidèle soit-il, n’est pas considéré comme équivalent au texte coranique. Les termes arabes du Coran ont été spécifiquement révélés par Dieu.
  3. La traduction d’une sourate ou d’un verset coranique en une langue étrangère — si fidèle et précise soit-elle — ne peut avoir la même valeur sacrée que le Coran, parce que les termes arabes du Coran sont l’œuvre de Dieu. Certes, un texte explicatif du Coran ou une traduction, faits par des hommes dignes de confiance, pieux et compétents peuvent être considérés comme des références aidant à comprendre le Texte sacré ; toutefois, ils n’auront jamais le même statut que lui, c’est-à-dire que leurs formulations, leurs termes généraux ou indéfinis ne peuvent être utilisés pour soutenir un avis ou affirmer une position, parce qu’ils ne sont pas des formulations et des termes coraniques. On ne peut pas les réciter lors des prières prescrites ou autres actes de dévotion.

Le Coran se distingue aussi par le trait suivant : il nous a été transmis par une chaîne continue de rapporteurs qui n’a connu ni interruption ni défaillance. Son mode de transmission est donc une preuve irréfutable de son authenticité.

Par conséquent, certaines « lectures » du Coran qui ne font pas l’unanimité — qui étaient par exemple rapportées par un seul Compagnon — ne sont pas considérées comme faisant partie du Coran et n’ont pas la même valeur que lui.

Le Coran contient plusieurs catégories de prescriptions :

Les prescriptions concernant la croyance : elles déterminent ce en quoi le Musulman doit croire, à savoir : Dieu, Ses anges, Ses Livres, Ses prophètes et le Jour dernier.

Les prescriptions relevant de la morale : elles définissent les vertus et les vices, le bien et le mal.

Les prescriptions relatives à la pratique de la religion : elles régissent les dires et actes de la personne majeure et responsable (relations sociales, contrats, culte, etc.). Cette catégorie de prescriptions constitue le Droit (fiqh) issu du Coran. La science des ousoûl al-fiqh a pour objet l’élaboration des bases de ce fiqh.

Les prescriptions ou lois pratiques du Coran se répartissent en deux sous-catégories : celles relatives au culte (‘ibâdât) et celles relatives aux transactions sociales (mou’âmalât). Les prescriptions des ‘ibâdât organisent le culte c’est-à-dire la prière, le jeûne, l’aumône légale, le pèlerinage, les vœux et les serments. Bref, tous les actes pieux qui concernent la relation de l’homme avec Dieu. Les prescriptions des mou’âmalât régissent la vie sociale dans tous ses domaines relationnel, contractuel, juridique, etc.

Dans l’usage moderne, ce terme recouvre les domaines du Droit suivants (nous donnons le nombre de versets relatifs au dit-domaine) :

  1. Le statut personnel : 70
  2. Le droit civil : 70
  3. Le droit pénal : 30
  4. Le droit de la défense : 13
  5. Le droit constitutionnel : 10
  6. Le droit international : 25
  7. Le droit des affaires et des finances : 10

Les versets indiscutables et les versets conjecturaux

Il n’existe aucun doute sur la transmission du texte coranique et de son contenu.

Nous avons la certitude absolue que tous les versets que l’on récite sont ceux-là mêmes qui ont été révélés au Prophète par Dieu.

Le Prophète a transmis le Coran aux croyants sans lui faire subir la moindre altération (dans le sens ou la forme), ceci de la façon suivante : chaque fois qu’il recevait un verset ou une sourate, il récitait le passage à ses Compagnons et le dictait à ses secrétaires.

Les Compagnons qui savaient écrire, copiaient le texte révélé et le conservaient chez eux, afin de l’apprendre et de le réciter pendant leurs prières. A la mort du Prophète, tous les versets étaient consignés par écrit et mémorisés par un grand nombre de Compagnons.

Aboû Bakr confia à Zayd ibn Thâbit et à un groupe de Compagnons le soin de rassembler toutes les copies du texte coranique et d’en constituer un exemplaire dans lequel les sourates furent classées selon l’ordre qu’avait indiqué le Prophète lui-même.

Ce Livre devint la référence principale des Musulmans qui voulaient apprendre le Coran ou le copier. Par ailleurs, les Compagnons connaissant le Coran par cœur et qui étaient encore vivants, constituaient une référence supplémentaire.

A l’instar de son prédécesseur, ‘Omar, de son vivant, garda précieusement cet exemplaire.

Puis il le confia à sa fille Hafsa. Une fois devenu Calife, ‘Othmân emprunta à Hafsa ledit exemplaire et confia au même Zayd ibn Thâbit la tâche d’en faire des copies conformes qu’il envoya par la suite aux différentes contrées conquises par les Musulmans. Zayd fut aidé par plusieurs illustres Compagnons appartenant aux Auxiliaires (ansâr) et aux Émigrés (mouhâjiroûn).

En résumé, Aboû Bakr a rassemblé toutes les copies authentifiées du texte coranique, les a conservées précieusement et en a reproduit une copie unifiée. ‘Othmân ordonna de reproduire cette copie en plusieurs exemplaires qu’il diffusa dans tout le monde musulman, faisant détruire les autres textes non conformes. Ainsi, tous les Musulmans avaient accès au même texte coranique. Le texte de l’exemplaire distribué par ‘Othmân, appelé le moushaf, est celui que les Musulmans lisent, récitent et apprennent depuis cette époque jusqu’à nos jours. Chaque génération le transmet à la suivante, tel qu’elle l’a reçu elle-même. Le texte écrit est absolument identique à celui mémorisé par des millions de Musulmans de nationalités et de couleurs différentes, chinois, maghrébins, africains, européens, etc. Tous sont réunis autour d’une lecture du même Livre, le Coran.

Ils illustrent ainsi la parole divine :

 

 

 

 

 

 

©Les fondements du droit musulman – Abdelghani Benali

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